mardi 1 septembre 2009
Un texte inédit d'Henri Meschonnic
C'est le cas d'un colloque tenu les 19-20-21 novembre 2003 à l’Université de Cergy-Pontoise qui n'a jamais pu voir publier ses actes. Le titre promettait: "Poésie et jubilation". A cette occasion, Henri Meschonnic avait préparé une très belle communication: "Dada, on ne joue plus" et voilà qu'elle est restée là dans les projets de publication...
Pour lui rendre hommage en sachant que sa pensée et ses poèmes sont toujours actifs dans tout ce que nous faisons, dans le prochain, très prochain numéro de Résonance générale par exemple, voici ce texte qu'il nous avait donné à Cergy aussitôt après avoir prononcé sa communication. Pour relire Dada, avec Meschonnic. Et pour rire parce qu'avec eux, c'est penser, c'est vivre langage.
NB. Sont intégrées les quelques notes de bas de page - on excusera également quelques problèmes de mise en page. Toute reproduction interdite, le copyright restant la propriété de Régine Blaig que l'équipe de la revue remercie et assure de son soutien amical.
Henri Meschonnic
DADA, ON NE JOUE PLUS
Les jeux sont faits. Plus c’est drôle, plus c’est sérieux. C’est toute la distance entre le grand jeu du poème et les jeux de société. On casse tout. Parce qu’on ne tolère plus l’intolérable. En même temps, c’est le grand jeu de la pensée : dissocier, déplacer, décaper, défiger. Relire dada, c’est rejouer la jubilation, la relancer. Avoir dada dans la bouche, dans l’œil et dans l’oreille, ça nettoie le contemporain. Comptant pour un. Comptant pour rien. Oui, retrouver le rire, retrouver la poésie, c’est le même jeu, qui annule la différence entre le grand jeu et le petit jeu. On ne rit pas assez parce qu’il n’y a pas assez de poésie.
*
Avec un poème, avec les poèmes, tout tient dans la question : comment un poème met en crise la poésie. Et la réponse est très simple : en étant un poème. C'est-à-dire quelque chose qui n’est pas arrivé encore à la poésie. C’est cela la question. La seule question. Qui met tout en question, du rapport entre le langage et la vie.
Parce que, comme j’ai eu l’incongruité de l’exposer dans Célébration de la poésie (Verdier, 2001), le premier ennemi du poème à faire (et du poème à lire), c’est la poésie. Le second étant la philosophie.
Puisque, pour être un poème, un poème doit franchir cinq cercles de l’enfer :
- premier cercle, la confusion entre le vers et la poésie, dans la double confusion qui oppose le vers à la prose et par là aussi, la poésie (identifiée au vers) à la prose ;
- deuxième cercle, la définition formelle de la poésie, conséquence du premier, et par là, quand on croit parler du poème, on parle du signe, la forme et le sens – merci, mon signe ;
- troisième cercle, l’essentialisation, par étymologisation, du mot poésie, qui se dédouble en mystique de la création ou en calculisme de la fabrication ;
- quatrième cercle, qui se dédouble aussi, la confusion avec l’émotion, esthétique ou sentimentale, ou la confusion avec le catalogue du monde et des éléments, dans les deux cas ce que Mallarmé appelle nommer. Confusion avec les sentiments : on dit que le Cantique des cantiques est poétique, parce que ça parle de l’amour. Confusion avec les choses, voyez Bachelard qui en est l’huissier, et Mallarmé disait de la lune : « elle est poétique, la garce » ;
- cinquième cercle, le stock de la poésie, (j’appelle ainsi tous les poèmes qui existent, dans toutes les langues, et de toutes les époques), c'est-à-dire la confusion entre le poème et la poésie, la confusion entre la poésie et l’amour de la poésie, et l’amour de la poésie est la mort du poème ;
tout cela pour arriver à la poésie comme activité des poèmes, qui consiste justement à mettre en crise tout ce qui précède, et surtout à ne pas se couler dans l’amour de la poésie. C’est cette simple constatation que quelques contemporains n’ont pas aimée.
Mais alors saute aux yeux une évidence : c’est que la poésie comme activité d’un poème a toujours été l’activité des poèmes. Puisque sans cela ce n’était pas des poèmes, mais l’amour de la poésie.
D’où une crise de la notion de poésie moderne : pure tautologie. Si on veut l’opposer à la poésie du passé. En la définissant comme crise de la poésie. Par rapport à ce qu’on appellerait la poésie traditionnelle. La poésie a toujours été moderne.
A condition de ne pas, de ne plus confondre le moderne et le contemporain. Et j’entends, comme je l’ai exposé dans Modernité modernité (Verdier, 1988 ; folio-essais, 1994), par « moderne » ce qui reste moderne, c'est-à-dire indéfiniment actif, présent au présent. Quant au « contemporain », c’est ce qui partage la même époque. Disons la nôtre.
Ce qui enclenche une crise de la notion de modernité, autant qu’une crise des notions de la poésie, et du poème.
Et toute poésie est alors, et a toujours été, une poésie de la crise de la poésie, de la crise de ses identifications à ce que j’ai appelé des cercles de l’enfer. Je veux dire les faux semblants accumulés par le culturel.
Ce qui fait de la poésie une crise du signe, une crise des notions de forme et de sens et par là une crise de l’hétérogénéité des catégories de la raison, et du régionalisme des disciplines ; mais tout autant une crise de la notion de prose. Comme quand elle est identifiée au récit, ou à l’absence de rythme.
Mais si toute poésie a toujours été une crise de la poésie, aussitôt c’est une crise de la notion de crise. Elle est endémique, la crise. Elle est constitutive de l’historicité radicale du poème, et de la vie.
Alors la poésie est constitutive d’une historicité radicale de la vie, d’une vie humaine, au sens de Spinoza. Je cite : « une vie humaine j’entends, qui n’est pas définie par la seule circulation du sang, et d’autres choses, qui sont communes à tous les animaux, mais surtout par la raison, la vraie vertu et vie de l’esprit – vitam humanam intelligo, quae non sola sanguinis circulatione, & aliis, quae omnibus animalibus sunt communia, sed quae maximè ratione, verâ Mentis virtute & vitâ definitur » (Traité politique V, V).
En conséquence, l’historicité radicale de la poésie, comme historicité radicale de la vie, met en crise toute théologisation de la vie, c'est-à-dire qu’elle affronte et met en crise le théologico-politique. Qu’elle fait apparaître et dénonce comme l’ennemi majeur de la vie – et de la poésie.
Ainsi que toutes les sacralisations-essentialisations du langage et de la poésie.
La poésie comme historicité radicale et invention de pensée, donc invention de vie, opère alors une crise de la notion de modernité, c'est-à-dire de ses confusions avec l’avant-garde, avec le nouveau, et avec le contemporain. D’où les distinctions à faire entre modernité philosophique, modernité en art, modernité technologique, modernité urbaine et industrielle, modernité-Baudelaire, à partir de laquelle on peut reconnaître la modernité comme éthique de l’art et par l’art, comme fonctionnement des œuvres en tant qu’inventions de pensée.
Ce qui lie inséparablement les deux notions, de la modernité comme activité continuée des œuvres et présence au présent, et du poème comme invention de pensée, telle qu’est poème une transformation d’une forme de vie par une forme de langage et une transformation d’une forme de langage par une forme de vie.
Ce qui à la fois étend la notion de poème à la pensée, à la notion de poème de la pensée, et traverse toutes les notions traditionnelles de genre, et les différences entre ce qu’on appelle littérature et ce qu’on appelle philosophie. Ce qui pose aussi l’invention de pensée contre tout ce qui n’est pas invention de pensée, qui du coup peut être reconnu comme participant au maintien de l’ordre dans la société : le politiquement correct, le sémiotiquement correct, le linguistiquement correct, le poétiquement correct, le religieusement correct.
C’est ce qui a encore un autre effet sur la poésie, sur l’opposition classique, et académique, entre le lyrisme et l’épopée. Parce que si le poème est cette double transformation que j’ai énoncée, tout poème est une aventure qui arrive à une voix. En quoi paradoxalement tout ce qu’on appelle lyrisme ressortit beaucoup plus fortement à l’épopée. Tout poème est épique, ou n’est pas un poème.
C'est-à-dire que cette mise en crise de la définition traditionnelle permet de penser le poème comme ce qui invente une vie humaine – au sens de Spinoza – et permet de désemmêler la poésie de ce vieux rapport culturel à la musique et au chant, ce vieux brouillage de l’indicible qui croyait opposer le langage à la vie au lieu qu’il opposait seulement une représentation du langage à une représentation de la vie.
Où le chant et la musique continuent de couvrir, académiquement, à la fois l’exaltation des sentiments et l’exaltation de l’indicible, selon un rapport assourdissant à l’art lyrique. Dont la confusion entre la poésie et la chanson est la petite monnaie.
Mais le poème, comme épopée de la voix, est l’anéantissement même de l’indicible. Dans la mesure où, comme Paul Klee a dit : « l’art ne reproduit pas le visible ; il rend visible » (« Credo du créateur », en1920 ; dans Paul Klee, Théorie de l’art moderne, éd. Gonthier, 1964, p. 34), le poème ne reproduit pas le dicible, il rend dicible, il invente infiniment le dicible. Et son écoute. Et la reconnaissance de son écoute.
C’est ainsi que j’entends les deux mots de Mallarmé : « le poème, énonciateur » (Edition de la Pléiade, p.365. A la fin de Crise de vers. ). Et, comme il transforme, il fait plus que dire, il fait. Il fait du sujet. Il vous fait du sujet. En quoi le poème est un acte éthique. Ou n’est pas un poème.
D’où une crise de la question-du-sujet. Et de cet éclatement, qui est aussi un éclat de rire du comique de la pensée, sort le sujet du poème.
De là s’étend la crise, à toute la pensée du langage, qui ne connaît du corps, pour le poème, que le corps des professeurs de linguistique, ou de littérature, ou de philosophie.
Frottez le poème, il en sort le corps-langage, l’éthique en acte de langage, le corps politique par la poétique en acte du poème. D’où une crise des catégories traditionnelles, c'est-à-dire régionales, de l’éthique et du politique.
Par le poème, c’est une crise de la représentation de la société, puisque c’est une crise des cloisonnements de la raison. Et c’est aussi une crise, par le travail sur la notion de modernité, de la représentation du temps culturel.
L’académisme se privilégie en confondant à son profit la modernité et le contemporain. Cette identification est le signe qui permet de reconnaître les Assis, ceux qui sont assis sur la poésie et assis sur le contemporain.
Ce que le poème comme crise de la poésie, et la crise de rire qui s’ensuit, permet de reconnaître, c’est qu’il prolonge l’intuition de Saint Augustin, sur la pluralité du présent.
Saint Augustin écrivait, dans ses Confessions (livre XI, § XVIII), je traduis : « En effet s’ils sont, le futur et le passé, je veux savoir où ils sont. Si je n’en suis pas encore capable, je sais pourtant que, où qu’ils soient, ils n’y sont ni futurs ni passés, mais présents. Car si le futur y est, il n’y est pas encore, si le passé y est, il n’y est plus. Donc où qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils ne sont que présents. Quand le passé est raconté comme du vrai, de la mémoire ce qui sort ce ne sont pas les choses mêmes, qui sont passées, mais des mots conçus à partir de leurs images, qui dans l’âme ont laissé en passant à travers nos sens comme des vestiges. Oui mon enfance, qui n’est plus, est dans un temps passé, qui n’est plus ; mais son image, quand je la rappelle et la raconte, c’est dans le temps présent que je la vois, parce qu’elle est jusqu’ici dans ma mémoire ».
Ainsi, Saint Augustin, on peut le dire en développant sa pensée, contre la séquence temporelle linéaire passé, présent, futur, propose de voir qu’il y a trois présents : un présent du passé, un présent du présent, un présent du futur.
A partir de là, il est logique de prolonger son sentiment du temps : reconnaître qu’il y a un passé du passé, un passé du présent, un passé du futur et tout autant un futur du passé, un futur du présent, un futur du futur. Trois passés, trois futurs.
On constate aussitôt qu’on respire mieux. Car le contemporain, je ne peux que le dire et redire, est un mauvais moment à passer. Et surtout, qu’on ne croie pas que ce sont là des jeux de langage. L’histoire même de la poésie, de la littérature, et de l’art, est là pour nous offrir des exemples de cette crise des notions du temps.
C’est, par exemple, ce qu’illustre le sort de Maurice Scève, disparu sous la Pléiade, oublié totalement aux XVIIe et XVIIIe siècle, exposé comme un monstre de foire par Sainte-Beuve dans son Tableau de la poésie française au XVIe siècle en 1828, et qui recommence vraiment en 1920. Quand on le réédite. C’est aussi le cas de Sponde, qu’Alan Boase exhume dans les années trente et qui revit en 1949. Même chose pour Xavier Forneret, exhumé par André Breton. Exemples d’un futur du passé.
Quant au succès contemporain, allez voir ce qu’est devenu un certain Poisson, auteur de comédies, qu’on trouve dans le Dictionnaire des lettres françaises du XVIIIe siècle de Monseigneur Grente. Illustre de son temps. Et pensez que le premier prix Nobel de littérature allait en 1901 à Sully Prudhomme. Pur produit d’une époque. Le contraire d’une activité. Un passé du passé. Mais inversement l’art des cavernes commence en 1911, l’art africain et océanien en 1904. Le passé est imprévisible. Le présent aussi.
Alors on commence à comprendre qu’on ne sait pas, mais alors absolument pas, en quel temps on vit, puisque au même moment, entre contemporains, les uns vivent au passé du présent, d’autres au présent du présent, et d’autres au futur du présent. Allez vous y retrouver, c’est un miracle qu’on se rencontre. De fait, c’est le plus mauvais moment pour se rencontrer, bien que ce soit le seul, et on peut deviner que certains ne se rencontrent pas. C’est pourquoi il faut emprunter au portugais ce beau mot de désencontre. Il y a ceux qu’on rencontre, on est du même temps, c’est qu’on est du même côté du poème, du même côté de la vie, et il y a ceux qu’on désencontre.
Alors, comme il y a le passéisme, comme il y a eu le futurisme, je propose la création d’un mouvement nouveau : le présentisme. Qui se confond avec le parti du rythme. C’est le travail pour être à la fois au présent du présent et au futur du présent. Aussitôt c’est la définition même que j’ai proposée de la modernité, en art et dans l’art de la pensée, une présence active au présent toujours. Pour ne pas être les imbéciles du présent, ceux qui sont au passé du présent – l’opposé même du présent du passé.
Et c’est ce qui fait de la modernité, comme je l’ai définie, une jubilation, et de la poétique aussi une jubilation. La même. Parce que la poétique ne peut être que la poétique de la modernité, c'est-à-dire du fonctionnement des œuvres, des œuvres comme activité et pas seulement produit, et la modernité dans les poèmes ne peut être modernité que par sa poétique.
Où il apparaît qu’il faut cesser de confondre ce qui est ici entendu par le terme de poétique, soit avec la stylistique, qui ne sait pas que le style est tout ce que le signe permet de penser de ce qui est à penser, soit avec l’esthétique, qui est une pensée du beau et du sensible, mais pas de la valeur comme historicité radicale, de la valeur comme réalisation et réinvention de la définition de ce que fait une œuvre.
Tout cet enchaînement fait aussi la crise d’une certaine représentation de la critique : celle qui voit la critique comme destructrice. Et même, pour certains, elle est juive. Au lieu que, comme déjà Baudelaire le disait, la poésie et la critique sont inséparables. Ce que je relis, pour le plaisir : « Tous les grands poètes deviennent naturellement, fatalement, critiques. Je plains les poètes que guide le seul instinct ; je les crois incomplets. […] Il serait prodigieux qu’un critique devînt un poète, et il est impossible qu’un poète ne contienne pas un critique. Le lecteur ne sera donc pas étonné que je considère le poète comme le meilleur de tous les critiques ». Dans Richard Wagner et « Tannhaüser » à Paris.
La critique est donc essentiellement constructive. Inventive, parce qu’elle participe de ce que Rémy de Gourmont appelait les « dissociations d’idées », aussi la critique participe d’un rire de la pensée, d’un comique des idées. Le pour du poème et de la poétique est la condition du contre. Il y en a qui ne voient que le contre. C’est ceux qui prennent l’amour de la poésie pour la poésie. Mais c’est le combat du poème contre le signe. En riant, comme les statuettes aztèques, qu’on appelle des souriantes, derrière la main.
C’est pour cela, tout cela, que penser le poème, faire le poème, lire le poème, reconnaître un poème, rencontre, retrouve la jubilation dada.
Qu’il ne s’agit surtout pas de mimer, de refaire. Mais d’écouter. Le rapport de la poésie à la pensée par l’humour. Par quoi aussi dada était contre le futurisme de Marinetti, contre son culte de la vitesse, des voitures, des avions et son bourgeoisisme anti-femme. Par quoi il précède le fascisme avant de s’y adjoindre. Tzara, dans son Manifeste dada 1918, y opposait le « dégoût » et « LA VIE ». Les futuristes russes aussi le rejetaient.
Ce n’est pas le langage défait, le lettrisme anti-langage, les mots dans un chapeau, que j’en retiens, contre « les banquiers du langage » (« Monsieur AA l’antiphilosophe nous envoie ce manifeste » (1920), dans Tristan Tzara, Dada est Tatou, tout est dada, éd. par Henri Behar, GF. Flammarion, 1996, p. 222), c’est le manifeste. Contre « le bavardage » (« Dada manifeste sur l’amour faible et l’amour amer » (1920), éd. citée, p. 225). Et parce que Tzara a écrit : « le grand secret est là : La pensée se fait dans la bouche » (Ibid., p. 226).
Il y a dans les manifestes dada un jeu apparemment fou des contradictions, mais ce qui s’en dégage, c’est une puissance de rejet, de révolte : une éthique. L’art, non plus comme esthétique mais comme éthique, postulation de liberté. Ce qui fait que Tzara est l’un des tout premiers, en 1917, à écrire une « Note sur l’art nègre » (éd. citée, p. 242), où il peut dire : « Du noir puisons la lumière ». Et à reprendre, après Apollinaire, à l’occasion des Mamelles de Tirésias, le mot « surréaliste » (p. 245). C’est un rapport au cosmique. Il implique que l’érotisme est cosmique, ou n’est pas.
C’est ce qui fait sa fraternité avec Pierre Reverdy, et, quand Apollinaire meurt sa question qui répond non d’avance : « Apollinaire est mort ? » (« Guillaume Apollinaire est mort », p. 250). J’y mets son intuition, dans sa note sur Huelsenbeck : « il n’y a rien de sacré, tout est d’essence divine » (p.250). Où je situe le lien qu’il établit en 1919 entre « liberté, fraternité, égalité, expressionnisme » (p. 251).
C’est la force toujours actuelle de sa « Note sur la poésie », écrite en 1917, parue en 1919 : « allumer l’espoir AUJOURD'HUI » (p. 251), pour ce qu’il y dit du rythme : « il y a un rythme qu’on ne voit et qu’on n’entend pas : rayons d’un groupement intérieur vers une constellation de l’ordre » (p. 252 - Et je n’oublie pas que Tzara est un des très rares parmi les poètes à avoir écrit une étude sur le rythme : « Gestes, ponctuation et langage poétique » (Europe, janvier 1953) – dans les Œuvres Complètes t.5, p. 223 ; Flammarion, 1982. Etude qui pourrait avoir sa place dans une anthologie d’écrits sur le rythme).
L’intuition de Tzara retrouve l’une des Cent phrases pour éventails, de Claudel :
Il faut qu’il y ait
dans le poème
un nombre
tel
qu’il empêche
de compter.
(Paul Claudel, Œuvre poétique, textes établis et annotés par Jacques Petit, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1967, p. 729)
Avis aux comptables de la poésie : quand le poème montre le rythme, ils voient le nombre des syllabes. Et Tzara dit encore : « il ne s’agit que de liberté », pour « trouver la vraie nécessité » (p. 253). À quoi Tzara oppose : « Le reste, nommé littérature, est un dossier de l’imbécillité humaine pour l’orientation des professeurs à venir » (p. 253).
Il s’agissait, il s’agit toujours, de détruire le langage usé. Je cite encore Tzara : « Le langage est bien usé, et pourtant il emplit tout seul la vie de la plupart des hommes. Ils ne savent que ce que la vie a su leur raconter. La drôlerie et le petit air péjoratif sont pour eux la saveur du langage, le sel de la vie. Dada est intervenu brutalement dans cette petite histoire de ménage cérébral » (dans « L’art et la chasse » (1921), p. 259) et : « Petit à petit, grand à grand, il détruit » (ibid.).
Comme le notait Henri Behar, c’est « l’équivalence de l’humour et de la poésie » (note 65, p. 348). C’est bon, pour se sortir des « etcétérismes qui mélangent musique et poésie » (« Réponse à une enquête » (1921), p. 265). Et quand, dans la conférence sur Dada en 1922, Tzara met fin à dada, en disant qu’il avait été le premier à donner sa démission (p. 267), quand il dit : « Nous savons fort bien que les gens en habits Renaissance étaient à peu près les mêmes que ceux d’aujourd'hui et que Dchouang-Dsi était aussi dada que nous. Vous vous trompez si vous prenez Dada pour une école moderne, ou même pour une réaction contre les écoles actuelles » (p. 271), oui, alors je comprends, c’est clair, que Dada est éternel, qu’il y a toujours eu et qu’il y aura toujours Dada, au sens d’un « dégoût » (p. 272), « dégoût de ces séparateurs entre le bien et le mal, le beau et le laid » (p. 273), et que « Dada est un état d’esprit » (p. 273). Violence visible contre violence invisible. Comme celle du poème contre celle du signe.
C’est un sens du présent. Qui fond ensemble la poésie et la poétique, la vie humaine, la liberté et la critique. Et, comme il commençait un poème, Fondre tartare, de Monsieur AA l’antiphilosophe (écrit entre 1916 et 1922, publié dans L’Antitête en 1933), par « Faites vos jeux » (p.295), justement, j’enchaîne : les jeux sont faits. A chaque instant. C’est pourquoi on ne joue plus.
Ce qui annule toute l’opposition de convention entre le drôle et le sérieux. Plus c’est drôle, plus c’est sérieux. C’est un rire qui remet à sa place tout ce qui se donne de l’importance et qui se prend au sérieux. C’est toute la distance entre le grand jeu du poème et les jeux de société, le faire joujou et les compte petit, mais aussi c’est ce qui volatilise les différences entre le grand jeu et le petit jeu des mots, ces érotismes du langage.
Oui, le rire annule l’opposition entre l’angoisse, qui est au bord du tragique, et le comique. Il suffit pour l’entendre d’écouter Jean Tardieu.
C’est cette puissance, cette compulsion de vie libre, c’est cela qui casse les compromis, les éclectismes et qui ne tolère plus l’intolérable. Il est vital d’avoir de l’intolérance pour l’intolérable. Et c’est exactement le grand jeu de la pensée : dissocier, déplacer, décaper, défiger.
C’est ce qui fait que relire Dada, mais aussi les surréalistes dans leurs années vingt et trente, et les expressionnistes, c’est une relance de la jubilation dans l’inséparation maximale, le maximum d’implication entre la vie et le langage, et c’est l’activité du poème de la pensée.
La poésie, c’est avoir dada dans la bouche, dans l’œil et dans l’oreille. C’est ce qui permet de reconnaître que dans le poème, c’est l’oreille qui voit, c’est la bouche qui entend, pendant que les yeux mangent, et c’est pourquoi, quand je traduis le mouvement de la parole dans l’écriture, j’embible la langue française, j’embible le traduire, j’embible potentiellement toutes les langues. J’embible la poésie et la théorie du langage. Ce qui remet à sa place ce qu’il y a de passé du présent dans le contemporain.
C’est aussi la politique du poème, la politique même de la vie contre son ennemi majeur, le théologico-politique.
Alors le rire, la poésie, c’est le même jeu. On ne rit jamais assez, parce qu’il n’y a pas assez de poésie.
Oui, c’est au présent du poème, contre les cultures de la mort, d’enrythmer le signe, d’empoèmer le langage, pour que le maintenant soit l’éthique et la politique du poème. Sujets du poème, encore un effort.
vendredi 17 juillet 2009
Festival Voix de la Méditerranée - Lodève 2009

lundi 29 juin 2009
Serge Pey et l'Internationale du rythme

samedi 13 juin 2009
Jean-Luc Parant : l'évasion du regard

Un bel ensemble de 512 pages avec une iconographie qui fait tourner autour de Jean-Luc Parant beaucoup de poètes et artistes dans une ronde qui a commencé en 1974 avec le premier texte de JLP publié dans Les Cahiers du chemin n° 10 ("Des yeux de Dieu"), cette grande revue que l'histoire littéraire ignore au profit des (avant)gardes quand son directeur, Georges Lambrichs faisait vivre des voix essentielles jusqu'aujourd'hui. On retrouve d'ailleurs dans ce catalogue critique sur l'oeuvre, un article de Patrick Garcia publié dans le n° 27 en avril 1976 des Cahiers à propos des (presque) deux premiers livres parus chez Bourgois et Fata Morgana.
Je me suis contenté de répondre à la simple question que chaque lecteur de JLP se pose : « Pourquoi et comment Jean-Luc Parant se répète-t-il ? » Car comme écrit Henri Meschonnic de JLP (c'était en 2005 dans Le Bout des Bordes n° 9/10 et c'est là à la p. 265): "Il n'y a que lui pour dire: 'Nos yeux sont les éclats de la nuit'". Et plus loin: "Jean-Luc Parant, c'est une histoire qui arrive à une voix. Et ce qui tient ensemble les paroles et les boules, c'est le rythme". Et il y a une belle lettre verticale de Bernard Noël qui s'achève par "et l'intouchable / sourit"...
Kristell Loquet (dir.), Jean-Luc Parant. L’évasion du regard, Catalogue de l’exposition présentée du 18 avril au 30 mai 2009, Médiathèque Voyelles, Charlevilles-Mézières, 2009 (10 avril).
On peut commander à gerard.martin@mediatheque-voyelles.fr
Serge Martin
lundi 8 juin 2009
Bernard Vargaftig: actes du colloque de Cerisy


En juillet 2008,un colloque autour de Bernard Vargaftig avait lieu à Cerisy-la-Salle dans la Manche, voici maintenant disponibles les actes qu'on peut se procurer aux éditions Vallongues (20-22, chemin de Roumpinas, 83150 Bandol) au prix de 38 euros.
Quelques poèmes inédits de Barnard Vargaftig ouvrent avec ces deux vers :
Mouvement mouvement de l'un à l'autre
De l'un à l'autre
dimanche 26 avril 2009
Maurice Druon: (cac)adémicien

Quelques divagations à propos d'un enterrement de première classe:
Les seules personnes qui défendent la langue française (comme l'Armée pendant l'affaire Dreyfus) ce sont celles qui "l'attaquent". Cette idée qu'il y a une langue française, existant en dehors des écrivains, et qu'on protège, est inouïe. Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son "son".
Marcel Proust cité par Henri Meschonnic en exergue du chapitre 28 ("Génie de la langue et génie des écrivains", p. 318 dans Dans le bois de la langue, Laurence Teper, 2007.
On aurait pu s'arrêter à cet éloge funèbre au lieu des 4 pages du Figaro et du cortège de Président, ministres, sous-ministres, secrétaires de tous acabits... et autres "défenseurs de la langue française" qui s'échinent à communiquer:
Si vous voulez remporter le "Mondial" de la langue, c'est simple: ayez du génie. C'est ce qui manque le plus, chez les défenseurs du génie de la langue. (Henri Meschonnic, Le Bois de la langue, op. cit., p. 356).
On pourra bien évidemment lire la note sur l'ouvrage d'Henri Meschonnic dans le dernier numéro de la revue Le Français aujourd'hui (http://www.armand-colin.com/revues_num_info.php?idr=16&idnum=329863)et celle de Laurent Mourey sur ce blog.
On se souviendra de la déclaration dudit Maurice Druon:
"Jadis on apprenait à parler comme on doit écrire. Depuis une trentaine d'années, sous l'influence de pédagogies délirantes, on enseigne à écrire comme on ne doit pas parler" => commentaire de Meschonnic: Propos qui manifeste une ignorance et une incompréhension de la réhabilitation du français parlé, qui ne commence pas en "mai 1968", mais remonte à La Grammaire des fautes d'Henri Frei, en 1929. (dans De la langue française, Essais sur une clarté obscure, Hachette, 1997, p. 389).
Le secrétaire n'est plus perpétuel et on l'oubliera comme le premier Nobel... Voir, entre autres - mais il n'y a pas beaucoup d'autres, un bon papier à cette adresse :
http://www.microcassandre.org/?p=396
Encore Henri Meschonnic pour enterrer l'académisme et vivre la défense du langage:
"Le sens politique-poétique de la langue suppose certainement ue ambition. Mais dès que cette ambition se fixe sur la langue, au lieu de se placer dans le langage, elle n'est plus qu'une jactance. C'est le langage qui est en jeu dans la langue, pas la langue dans le langage.
Ce sens du langage n'est autre que le sens de la vie, en tant que ce sens transforme le langage. (...) Il est lié au sens de l'art, au sens de ce qu'est un sujet. L'infime, le fragile, l'imperceptible y comptent plus peut-être que des politiques de la langue. En quoi les derniers à faire l'activité d'une langue-culture sont les hommes dits politiques. Mais cette activité n'est pas seulement un passé. Elle est permanente. Sauf chez ceux dont les idées sont arrêtées. Et il n'y a peut-être vraiment de langue que tant qu'il y a une invention dans la pensée. Puisqu'une langue est une histoire, elle en a l'infini" (De la langue française, op. cit., p. 412).
Vous avez bien compté le nombre d'"hommes politiques" dont Druon a eu besoin pour son enterrement...
Et ce qu'il a fait, qui peut compter, doit avant tout à son oncle, Joseph Kessel...
Serge Martin
vendredi 24 avril 2009
Histoire et actualité des revues: une note sur Résonance générale n° 1...




Certes, ce numéro 41 de La Revue des revues nous consacre une très belle note (oui, cher André Chabin, on ne s'y attendaient plus mais on espéraient, on espéraient et voilà que c'est Clotilde Roullier qui fait une très belle note: merci à vous deux! - ne vous offusquez pas de cet accord avec "on" mais on est trois et même quatre comme les mousquetaires!), mais il y a aussi deux revues dont il est question avec article pour l'une et entretien pour l'autre dont j'ai bien quelques exemplaires dans mes rayons: est-ce que j'ai changé en passant de l'une à l'autre? Non! je fréquentais comme beaucoup la librairie de François Maspéro pour y acheter (ou feuilleter) Partisans et j'ai lu Commentaires parce qu'avant la fin du mur, on y lisait parfois des choses importantes sur les pays de l'est et parce que j'aime les revues, toutes celles qui sont bonnes même de l'autre côté... Et puis merci à Marc Duvillier de me faire découvrir The Booster (1937-1938), cette "anthologie dadaïste des plus étonnantes". J'en profite pour dire à Eric Dussert que je possède pas mal de Fou parle, malheureusement pas tous... Dernier mot: je trouve Yoann Thommerel dans son commentaire final de la revue Contr'un autour de Jouffroy un peu pessimiste: "un îlot de résistance"... Il y en a tellement qu'on ne voit pas le continent, l'Atlantide, qui fera passage et fait déjà passage : les revues servent à l'entendre gronder: on vous le disaient: Résonance générale...
Serge Martin
mercredi 22 avril 2009
Meschonnic, homme libre (article d'Alain Freixe)

Article paru dans l'Humanité le 16 avril 2009
Hommage . Ce poète n’écrivait pas des poèmes, il était celui que les poèmes faisaient. Henri Meschonnic est mort le 8 avril dernier.
Lodève, les Voix de la Méditerranée. Été 2008. Je viens d’écouter Jean-Yves Masson s’entretenir avec Henri Meschonnic. Riche de quelques questions, je le croise sur le stand de l’Atelier du Grand-Tétras qui publie la revue Résonance générale qui lui a consacré son numéro 1. Philippe Païni, Daniel Leroux, Laurent Mourey et Serge Martin, à qui j’ai emprunté le titre de cet article, en sont les rédacteurs. Je le retrouve ensuite sur le stand de la revue Faire part aux côtés d’Alain Chanéac et Alain Coste, qui la dirigent et qui viennent de publier, après un Jacques Dupin, matière d’origine, le poème Meschonnic. À ma proposition d’un entretien à paraître dans nos colonnes courant 2009, il répond, sans hésitation et avec enthousiasme, favorablement. J’allais engager l’échange quand la ramasseuse de sarments est entrée hors saison dans ses vignes. Henri Meschonnic est mort le 8 avril. Lui qui fut toujours homme de chantier, toujours à l’avant de lui-même, aventurier de la voix dans le poème, le voilà comme habitué à lui-même, à ses oeuvres.
Si « ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience », selon les mots de René Char, alors Henri Meschonnic mérite les deux, par-delà toutes les polémiques et les inimitiés. Il est vrai que l’homme eut parfois la plume dure et le mot acéré pour nombre de ses pairs. Et ils sont nombreux car cet enseignant, professeur de linguistique et de littérature à Lille d’abord puis à Paris-VIII développa une oeuvre critique - critiquer fut toujours pour lui conduire une réflexion sur ce qu’on ne connaît pas - considérable toujours en rupture avec les discours institués ou les modes tant sur le plan des essais - comment ne pas citer son Pour la poétique IV, Écrire Hugo (1977) ou son Langage Heidegger (1990) - que sur celui des traductions - celles qu’il entreprit de la Bible, dès 1970 avec les Cinq Rouleaux sont demeurées célèbres. Sa grande originalité et ce qui donne cohérence à cet immense chantier fut de le développer à partir du poète qu’il entendait être depuis ses Dédicaces Proverbes (Gallimard, 1972) au tout récent De monde en monde, paru en janvier dernier aux éditions Arfuyen. Ce poète n’écrivait pas des poèmes, il était celui que les poèmes faisaient. Avec Henri Meschonnic, le poème passe devant, la poésie derrière. Entendons-nous, la poésie quand elle n’est que cet amour de la poésie qui « produit des fétiches sans voix » avec quoi malheureusement, selon lui, on confond la poésie. Avec Henri Meschonnic, le poème ne célèbre pas. Ne décrit pas. Ne nomme pas. Le poème est intervention - je ne peux m’empêcher d’entendre le « fini, maintenant j’interviendrai » d’Henri Michaux ! - ce qui suppose coupure et transformation. À Henri Meschonnic, on doit cette définition du poème : « Il y a poème seulement si une forme de vie transforme une forme de langage et si réciproquement une forme de langage transforme une forme de vie. » Alors le poème, cet acte de langage qui toujours recommence, ce rythme particulier qu’il est rend visible notre rapport au monde. Là est le grand apport d’Henri Meschonnic : avoir pris le parti du rythme - Critique du rythme (Verdier, 1 982), la Rime et la vie (Verdier, 1990, repris en 2006, collection Folio), Politique du rythme, politique du sujet (Verdier, 1995)… - le parti du sujet. Celui du continu tant le rythme, selon lui, contient à la fois l’objet et le sujet, le monde et l’artiste. « Subjectivation maximale du langage », le poème est rythme. Il est l’oralité même, la voix comme « mode de signifiance » du langage dans l’écrit comme dans le parlé. Le poème donne plus à entendre qu’à voir. Il donne à entendre ce que les mots ne peuvent pas dire, ce continu d’un sujet. Là se fait le partage : de sujet à sujet - « Je parle, écrit Henri Meschonnic dans De monde en monde, / pour partager le silence / qui pousse tous les mots (…) pour transformer le silence / c’est ainsi qu’on s’entreparle ». Cette théorie du rythme et du sujet rend indissociable poétique, éthique et politique. Le poème - l’oeuvre d’art en général - est acte éthique et politique. Comme tel il transforme le sujet qui le fait et le sujet qui le reçoit. Pour cela, Henri Meschonnic pensait que les poèmes étaient susceptibles d’être entendus par chacun et que mettant en jeu le langage - ce qu’on en sait comme ce qu’on en fait - il mettait en jeu la société elle-même. Henri Meschonnic ne s’est pas contenté de faire parti du monde - « on n’écrit ni pour plaire ni pour déplaire, écrivait-il, mais pour vivre et transformer la vie » - il sut y être présent. Et une présence, cela s’impose, s’expose. Et dérange. Comme un coup de vent. S’il déchire, il éclaire le paysage. À chacun d’aller vers ce qu’il ne connaît pas !
Alain Freixe
La photographie est de Régine Blaig à qui nous redisons, en publiant ci-dessus, cet hommage très fort d'Alain Freixe, toute notre affection.
lundi 13 avril 2009
contre-lettre à Henri Meschonnic
henri vous disiez on ne sait pas ce qu’on transmet je répondais on ne sait pas
ce qu’on reçoit l’amitié
ne tient pas dans les noms
même dans les mains qui se tiennent dans les voix qui se mêlent l’amitié
déborde et c’est elle qui donne des mains à nos voix pour l’étreinte c’est elle
qui donne de la voix quand nos mains s’envolent dans vaste oui le ciel que l’amitié invente dans les têtes
et nous pouvons accueillir l’inconnu puisque c’est lui
qui fait une porte où il n’y a pas de porte
un voir de la vie où il y avait le mur aveugle de l’époque
henri aimer parler emportent c’est faire connaissance dans la surdité du savoir ce qui sourd
vient de loin l’avenir sur le bout
de la langue les lèvres font vivre et revivre un livre
et rire le rêve elles portent le réel celui
qui n’est que s’il est
ce dont de la parole nous nous échappons
ce qui nous échappe et c’est nous
à chaque mot et le réel
elles le donnent nos lèvres à qui
sait quitter ce qu’il sait
ce que l’on croit acquis
et nos pour toujours commencent toujours dans
chaque bonjour du jour
à lodève l’été dernier vous nous disiez on n’est jamais
seul et je l’entends encore tellement de bouche
en bouches que c’est vrai que ça continue
d’être un premier soir la table les rires
continuent de l’éclairer
une fontaine dans les paroles buissonne l’eau
de la vivante évidente rencontre et toujours
c’est nos premières fois
les mots ne peuvent nous retenir ils nous tirent
par la manche mais on est déjà
dans le monde tout autre qu’ils mettent au pluriel quand les mots
conjuguent entre eux le verbe
aimer
et on laisse
s’effilocher fil à fil on laisse filer
les mots qui voudraient
nous habiller en dimanche on marche vers
toujours plus nue
la nudité
on n’est jamais seul on continue
de naître et n’être rien
que cette marche à l’inconnu à l’aveugle
à tâtons puisque nos mains ne peuvent pas
ne pas se trouver on marche
à bouche que veux-tu nos questions s’amusent
à gorge déployée
on a fait nos cartons le monde
on le déménage en poète
on le déshabille de ses définitions on le déshabitue
de ses calendriers on l’infinit on a
de minuscules résonances pour faire trembler
le décor qui le majusculait et mettait sur nos cartes
vous êtes ici
au passé
avec ce qui sourd on fait
ce qui s’ouvre n’en finit pas
de s’ouvrir et vivre sens
dessus dessous en mettant cul
par-dessus tête la belle assurance
la suffisance des Assis
des ministres du cult
urellement correct
on parle la bouche pleine
de ce qui n’existe pas
encore et encore et enfants
on s’insuffit de toute la vie c’est pour ça
qu’un infini fleurit sur nos lèvres
nous enracine d’avenir lave l’oubli
avec la mémoire le soir
luit et jouit d’être le matin de la nuit
chaque jour on apprend dans le noir à voir
ce qu’on ne voit pas c’est la vie
cette nuit noire qu’on tire du puits et qui rince les visages
de ce qu’on croyait être avec
tout ce qu’on ne sait pas qu’on devient le corps
naissant à voix nue
on dit bonjour
a ceux qui vivent leur bonne nuit
je vous dit bonjour henri parce que ça commence
ça ne fait que commencer conjuguer penser
à l’intempestif présent
ce qui sourd c’est ce qu’on pressent que ça presse
que quelque chose bouge c’est le sens et le sens
c’est ce qu’on ne peut pas prédire c’est la rumeur d’avenir dans ce qu’on dit
mais on sent qu’il y a urgence et la rumeur court
plus vite que nous on respire on respire l’air libre au jour
le jour
à la vie la vie
on en rit
on en rit pour toujours
vendredi 10 avril 2009
Henri Meschonnic ne nous a pas quittés
mardi 24 février 2009
Le Manifeste de neufs intellectuels antillais

"C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle – à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj – qui est d'allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé – est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.
Dès lors, derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivremanger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n'ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.
La "hausse des prix" ou "la vie chère" ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte "d'épuration éthique 1" (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain.
Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être "producteur". Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le "prosaïque" n'ouvre pas aux élévations du "poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont "le pouvoir d'achat" ou "le panier de la ménagère". Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste.
Il est donc urgent d'escorter les "produits de premières nécessités", d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une "haute nécessité".
Par cette idée de "haute nécessité", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en oeuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.
Alors que mettre dans ces "produits" de haute nécessité ?
C'est tout ce qui constitue le coeur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le "déterminant" oubien le "décisif" s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses. L'imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté pardessus nos "présidents locaux" pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.
Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du "Marché" et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par " l'esprit colonial " et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer.
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables "producteurs" – chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d'un système flou, globalisé, qu'ilnous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique.
On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.
On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.
On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait desdernières chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.
On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente saproduction et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'oeuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'oeuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.
Quant à l'idée du "plein emploi", elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple "emploi", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en "tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue". Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation. En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.
Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.
Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.
Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète...
Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en oeuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant..."
Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William
Les attendus de ce manifeste que Philippe Païni analyse fortement ci-dessus me semble correspondre très précisément aux apories et rebroussements de l'oeuvre de Glissant; ce qui montre à l'envi la nécessité d'un travail d'ampleur de pensée critique pour accompagner les mouvements d'individuation et de sociation conjoints qui, aux Antilles et ailleurs, ne vont pas manquer de se développer étant donné l'état du monde. Ceci dit, la pensée critique n'a pas grand chose à voir avec la rhétorique ou le moralisme des bonnes idées que des intellectuels patentés pourraient trouver pour offrir des perspectives qui manqueraient cruellement. On n'a pas besoin d'idées et encore moins de cadres anciens pour inventer la relation nouvelle dans les historicités les plus diverses. C'est justement l'écoute de ces historicités qui manque le plus non seulement du côté des politiques ou des syndicats mais aussi des dits intellectuels officiels de la culture ou de l'Université. On peut compter sur des intellectuels organiques pour emprunter à Gramsci mais à condition qu'eux-mêmes ne répètent pas des pensers anciens. Ci-dessous, je renvoie aux articles publiés sur facebook (références ci-dessous) et qui reprennent un travail d'il y a quelques années à propos de Glissant. Cette reprise me semble nécessaire pour des pensers nouveaux en n'oubliant pas les manifestes de Résonance générale et les écrits multiples que le mouvement antillais ne manquera pas de nous offrir...
Serge Martin
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samedi 14 février 2009
Parole rencontre
http://www.blogg.org/blog-55642-billet-une_vieille_envie_de_vivre-968283.html
mercredi 11 février 2009
Un nouveau livre de poèmes de Henri Meschonnic

Des rondes de rondes, lecture de De Monde en monde d’Henri Meschonnic, Arfuyen, janvier 2009.
On apprend, dans Modernité modernité (1988) de Meschonnic, qu’aucun mot ne se répète et aussi, avec toute son œuvre, que le « bouche en bouche » est le passage de langage d’un sujet à un autre, mais encore que l’écriture s’invente dans une lecture, ce qui est bien autre chose qu’une réception. Et c’est du vivant qui s’invente dans le poème, du vivant qui correspond au signifiant tel que le pense Meschonnic dans La Rime et la vie (1990): un en train de signifier pour un en train de faire vie et poème. Que les poèmes inventent des forme de langage qui sont des formes de vie, De Monde en monde le montre, et toujours encore : ces formes se transforment, s’affectent si bien qu’on n’en fini pas d’en écouter les rimes de vie et de sens ; en ce sens on retrouve l’un des premiers concepts pour penser le poème et la littérature dans leur spécificité, celui de « forme-sens » (Pour la poétique, vol. 1, 1970).
Disons que le lecteur n’en finit jamais de devenir lecteur et que le poème n’arrête pas de le remuer, de le perdre, de le trouver et de le faire de s’y rencontrer. Alors je tente un premier relevé, pour m’y retrouver – au milieu de ce monde de voix, voix de monde en monde, monde de voix en voix. Le livre porte en lui un sens du fabuleux et de la malice (au pays des merveilles du langage): « si c’est les arbres / qui sont en fleur / ou si je suis un arbre qui marche / et chaque pas que je fais / me multiplie ma vie est une forêt qui marche » (p. 39). Aller de bouche en bouche est donc bien aller de monde en monde : ce monde pluriel se distribue dans le livre : « je suis dans le rire / qui va de lèvre en lèvre » (p. 9) ; « et j’avance / de monde en monde » (p. 13) ; « ainsi je multiplie / mes vies / de bouche en bouche » (p. 20) ; « plus nous allons petits / de merveille en merveille » (p. 21) « je nous vais de vie en vie » (p. 58) ; « quand on s’entreparle / c’est les lèvres / de lèvre à lèvre / le corps / de la main à la main » (p. 60) ; « plus je vais de silence en silence » (p. 85) ; « le présent / […] / on l’entend / de monde en monde » (p. 93). Ces mondes sont de lèvres, de visages, d’yeux, de bouches, de mains, chacun étant singulier : c’est bien de monde en monde que la voix voyage et invente un présent qu’on écoute être une mémoire et une rencontre. Le monde est aussi la foule traversée et traversière : « quand je m’enfonce dans la foule / il y a tous ces autres / qui entrent en moi / il faut que je parle / pour me reconnaître / dans ma voix » (p. 47) Ces lignes montrent à quel point le poème reprend et continue : je pense en particulier à « J’étais la voix des autres / […] / je passerai ma vie à ressembler à ma voix », de Dédicaces proverbes en 1972. C’est que tout se conjugue au présent, du passé au futur et cette vie en poème est « une histoire et une fable / qui s’endorment ensemble » (p. 52), peut-être cette fable du verbe fare, une parole longue et continue parce que pleine de voix et à elle-même sa propre voix : son écoute n’en finit pas et celle des résonances qu’elle invente. Ceci contre tous les formalismes : le poème de Meschonnic est un poème long. De l’altérité, du temps s’écrivent à travers les mots et les lignes et recommencent en permanence la première personne avec la deuxième, les mots en position de vertige d’une ligne à l’autre : « je suis moi par toi avec / toi » (p. 52) ; mais l’hésitation n’est pas un vide, tantôt un bonheur, tantôt une douleur : « je nous / je suis je nous pour vivre / vivre voir / vivre entendre / je nous respire / je nous vais de vie en vie » (p. 58) La vie court dans le poème et les mots les uns avec les autres, comme le poème court dans la vie : une manière d’écrire et de faire la rencontre, un vivre écrire comme cette respiration. Sans doute sommes-nous au milieu d’un récit vivant, d’une histoire en mouvement de parole : ce que le poème fait aller, avancer, être, venir… Ces verbes se lisent ensemble.
Ce mouvement de parole met le monde en déplacement. Vers le milieu du livre, cet incipit « le monde le monde » (évoquant Le Monde le monde de Bernard Vargaftig, éd. André Dimanche) est un intensif, une invasion du monde poussant un appel « quel monde ! », une question « quel monde ? », jusqu’à la tête qui tourne : « tête monde », et la souffrance : « de rouler tant / de peines / chaque mot / une douleur » (p. 45). Le monde, toujours le monde ? Mais il s’agit plutôt de donner de la voix au monde, ta voix, ma voix, notre voix plurielle et d’être toute voix, toute ouïe dans une écoute de toutes les voix jusqu’à celles qu’on n’entend pas. Le poème suivant poursuit sur « et mes lèvres / où sont mes lèvres / sinon sur tes mots / mon corps qu’emporte / ta voix » (p. 47). Se perdre, se trouver, il n’y a là rien d’un dualisme qui aboutirait à trouver définitivement. Les trouvailles du poème sont des rencontres, avec ce qu’elles ont de dialectique, un mouvement éthique que Meschonnic énonce simplement : « je parle / parce que c’est à toi / que je parle » (p. 62) Mais ce mouvement n’a rien non plus de linéaire. La destination est bien le piège d’une certaine pensée du continu qui définirait des pôles (identitaires, de communication, avec l’autre au bout du chemin qui n’irait pas très loin ; le poème n’a rien de ce pragmatisme).
Le continu est un mouvement de ronde et l’on commence par y tomber ensemble à l’inaccompli du recommencement : « quand tu tombes / je tombe aussi » (deux premiers vers du livre, p. 9). Et si « c’est le langage / qui est lourd », plus que le sommeil, c’est qu’il invente un présent et que passé et futur sont du présent, une poursuite, une suite à l’inaccompli : la dernière page, avec « le présent de tous les présents / un cri » et son vers « de monde en monde » pousse à reprendre la première page du livre, mais toutes les pages des livres : « Mon départ mon retour sont fragiles » et « Notre marche s’identifie à notre langage » (Dans Nos recommencements, 1976, p. 34-35). Une facilité de pensée ferait dire que tout est dans tout. Il s’agirait plutôt d’essayer de penser que le poème fait se tenir ensemble une histoire au présent où rien n’est exactement initial ou final, mais où l’ensemble est remis en jeu, repris.
Aussi cette ronde, si elle est reprise, et non répétition, puisqu’il ne s’agit pas de répéter ostensiblement et en l’ayant choisi des mêmes mots, mais de reprendre des mots que toujours la vie en poème change, cette ronde trace-t-elle des passages où se glissent des ritournelles. Des lignes brisées par les passages à la ligne, brisées mais continuées, avec des résonances proches lointaines, entre ce qu’on entend, ce qu’on n’entend pas, c’est-à-dire ce qu’on ne sait pas qu’on entend : ce qui fait du poème un espace et un « chant sous le texte » (Mallarmé) – une intensité et une densité d’inconnu qu’on a dans la voix en lisant et se lisant. Le mouvement est ce continu où chaque ligne est déjà tout un poème résonnant de toutes les autres lignes ; alors le poème Meschonnic est ce ligne à ligne : « je nous vais », « et nous roulons dans le monde » (p. 16) « c’est pourquoi nous tournons / les uns autour des autres » (p. 31). Ces reprises, ces résonnances, ces lignes se croisant font des rondes, bouchées de voix et « goût du sens » (ce que Meschonnic, en traduisant la Bible entend dans les ta’amin, l’organisation rythmique des versets). Ces rondes se rencontrent en rondes ; l’oreille en suit les ritournelles. Le continu du poème Meschonnic a le sens du tournoiement ; nous tournons sans en jamais faire le tour. C’est peut-être ainsi que « le monde se transforme à une vitesse » (p. 39). Comme quelque chose d’ « infiniment à venir ». Dans les tours du poème. Vers un je à tu et à toi.
De Monde en monde, par son titre déjà, met en évidence ce que ne cessent de faire les poèmes de Meschonnic : écrire et faire rencontre de voix à voix au présent du vivant du poème.
Laurent Mourey
des rondes de rondes les inséparables
de la vie je siffle un air de tête dont je perds
non la voix qui continue ses mouvements
les paroles la mélodie non plus ne me tient pas
dans sa poche je continue ma phrase qui dépasse
ma tête passe comme à côté autour de moi
je vais finir par m’envoler avec elle
l’étranger au nuage de sa phrase peut-être
la reconnaîtras-tu m’entendant
parler mais c’est une phrase simple
qui ourle m’entraîne et c’est moi c’est toi
c’est étroit mais qui avance
à la bousculade un rien repris
conté conti-
nué partout
Laurent Mourey
lundi 9 février 2009
Quand le théâtre fait Tchékhov


Ce que Tchékhov fait au théâtre d’aujourd’hui, à la vie, à la théâtralité du langage, à la théâtralité de la vie : voilà ce qu’Aurélie Leroux nous propose avec ses sept « comédiens et assistants à la mise en scène » (Mathieu Bonfils, Roxane Cleyet-Merle, Laurent Coulais, Marion Duquenne, Franz Gazal, Sophie Lacoste, Aurélie Tardy) et avec Thomas Fourneau (scénographie et création sonore) et avec Laurent Coulais (lumière) et avec Janvier Florio (construction du décor) et avec Alexandra Bina (costumes). L’avec est ici un principe qui ne va pas qu’avec Tchékhov mais emporte tout jusqu’au spectateur car tous deviennent acteurs : acteurs-Tchékhov, Tchékhov nous faisant, nous faisant Tchékhov, aujourd’hui.
Il faut commencer par l’attitude qu’implique un tel travail : Tchékhov n’est pas à adapter, à représenter, à mettre en scène : il est une force qui nous met en relation. Non avec un vieux monsieur russe à l’âme russe et qui nous met une tonne de nostalgie dans une vie qu’on laisse à la porte du théâtre ! Mais avec une théâtralité qui sans cesse change nos rapports : entre nous sans savoir ce que nous étions ni serons. Non comme personnages mais dans et par ces rapports qui nous changent. Entre nous et le théâtre sans savoir ce à quoi nous sommes tellement habitués qu’on ne l’entend ni ne le voit plus, dès qu’on assiste ou qu’on joue… Dans sa présentation, Aurélie Leroux cite ce fragment des carnets de travail de Tchékhov : « Nous ne vivons ni avec la vérité, ni avec la beauté mais avec les autres hommes ». C’est très exactement ce à quoi ils travaillent tous ensemble et chacun d’entre eux et à quoi ils nous convient tous et chacun.
Il y a d’abord l’impossibilité de fixer ces personnages. Ils sont autant de passages non seulement de l’un à l’autre mais l’un par l’autre et donc nous par eux et eux par nous qui les accompagnons dans l’aventure du théâtre. Si Roxane Cleyet-Merle fait une Mouette, elle s’envole avec des litanies qui font atterrir le lyrisme au ras des bravos en mangeant quelques huîtres dont on aperçoit les perles. Si Matthieu Bonfils rejoue le Platonov qui n’est qu’instituteur avant d’être auteur, il augmente le silence de face quand il fait aussi venir le théâtre avec la volubilité des histoires de terre mêlées aux histoires d’amour. Si Sophie Lacoste est enceinte de tous les enfants de Tchékhov, c’est en poussant le show au rythme d’un rap qui met sa Petrovna dans la répétition comme un ressouvenir en avant. Si Aurélie Tardy joue la vierge à marier c’est pour mieux nous raconter l’histoire de L’ours qui ne fait que toujours recommencer comme son mariage en robe de mariée est de tous les jours. Si Franck Gazal se suicide par deux fois, il tient le fil de sifflements comme dans Le Pipeau on cherche un silence apaisant alors même qu’il va tenter de témoigner au bord du plateau sur la mort et les funérailles de Tchékhov et que là aussi il faut la rejouer la mort pour la tenir en vie. Si Marion Duquesne cherche un rôle, c’est pour toujours en changer parce que la condition servile est inadmissible et que la voyance est déchirante jusqu’à prendre le temps, remonter la pendule et faire le contre-chant de tout… Même de Laurent Coulais qui ouvre les huîtres comme Tchékhov ouvre les portes de la théâtralité du langage et de la vie pour mieux écouter ce qu’on ne voit pas d’habitude.
Les portes, comme relations ? C’est tout le dispositif à la fois très simple et d’une complexité labyrinthique qu’explorent la petite bande qui ne cesse de foisonner en théâtralité. Non seulement il y a devant et derrière avec ces moments de réitération en profondeur ou hors champ qui augmentent les résonances jusqu’à jouer la répétition en rêve ou l’apparition en songe, mais il y a les portes qui ouvrent sur l’inattendu ou l’inconnu car ils sont nombreux quand défilent tous les personnages de Tchékhov, une foule à la Novarina pour la litanie et plus certainement une classe morte à la Kantor pour ces revenants plus vivants que morts, plus entraînants que délirants et pourtant le délire et la mort font aussi la danse de vie et on pleure et on rit sans jamais larmoyer ni glousser. Je viens d’évoquer Kantor et il faut dire qu’avec Thomas Fourneau, la création sonore n’est pas là pour boucher les trous ou illustrer les intensités, elle vient comme lancer et/ou prolonger la théâtralité, elle fait théâtre parce qu’elle défait aussi le visuel et l’auditif dans leur séparation pour inventer leur continuité. Quand les acteurs tanguent en chœur c’est que la scène bouge pour nous faire danser Tchékhov un peu comme le couvert est mis dans un ballet pour qu’on passe à table en changeant toutes nos habitudes tous les jours. Je ne prendrai plus une cuillère à soupe sans faire Tchékhov avec ma voisine de table qui deviendra alors tout un monde d’amour et de mort, d’infime et de grand, de retenue et d’emportement…
On pourrait dire qu’on ne sait plus où on en est avec Tchékhov dans ce spectacle, cette expérience qui n’est plus un spectacle mais un emportement : c’est exactement cela qui est passionnant au sortir de cette expérience dont on ne sort pas puisque relisant Tchékhov ou mettant le couvert, voilà que la danse des corps, des gestes, des mots vous viennent à la bouche, vous passe à l’oreille, vous déplace les pieds, vous embrasse la vie. Il y a une fraîcheur comme si le théâtre recommençait avec tout ce qu’on sait faire simplement ou qu’on ne sait pas trop comment faire. Il n’y a plus qu’à suivre l’invitation : « tâtez là si j’ai le cœur qui bat ». Et répondre, c’est-à-dire faire Tchékhov sans savoir. Cela touche juste même si on n’ose pas aller jusqu’au cœur !
C'était au théâtre de la Bastille dirigé par Jean-Marie Hordé qu'il faut remercier d'avoir accueilli la petite bande d'Aurélie Leroux les 5, 6 et 7 février 2009. Montré à Marseille auparavant au théâtre des Bernardines, il faut souhaiter que ce travail continue à être montré ailleurs et que la compagnie d'à côté reste dans l'inaccompli d'un travail toujours en cours. Ils seront bientôt à Cannes: http://www.madeincannes.com/index.php/fr/showevent/1043
Voir aussi une autre note critique:http://mutualise.artishoc.com/bastille/media/5/la_marseillaise_13_decembre_2008.pdf
Serge Martin
Exposition de Laurence Maurel
Laurence Maurel nous met les yeux au présent. Le lent travail de l'à peine apparant, du quasi invisible, de l'encore incertain brouille infiniment l'échelle rassurante du lointain et du proche. Voir est presque toucher. C'est d'une douceur qui invite à l'abandon, et pourtant le trait parfois s'exaspère, cherche dans la blancheur à quoi s'accrocher. La caresse offre des prises. On est heureux de se retrouver perdu. Puisque plongeant dans l'infiniment petit c'est sur un grand inconnu que le regard s'ouvre. Alors on sait qu'on pourrait longtemps rester là, dans le temps jamais arrêté, dans l'instant d'une naissance jamais suspendu, mais qui ne cesse de venir, et venir... Quelque chose nous arrive. Nous arrivons quelque part, où nous avons oublié vers quoi nous allions.Laurence MAUREL, LAVIS-FUSAINS
Association Franco-Japonaise de TENRI
Espace culturel BERTIN-POIREE
8-12 rue Bertin Poirée 75001 Paris FRANCE / Tél : 01 44 76 06 06 / Fax : 01 44 76 06
Du 3 au 14 février 2009
exposition : lundi de 12h à 20h,mardi au vendredi de 10h à 20h,samedi de 10h à 18h30 (sauf le 14 jusqu'à 16h)
vendredi 9 janvier 2009
jeudi 8 janvier 2009
2009
et des tours il passe
avec nous vers nous
il se passe quelque chose l’amitié
nous tient nous fait la vie
est notre balancier
et nous sommes tous les jours ce qui passe en équilibre
et le quelque chose qui vacille qui
résonne et nous va si bien quand nous allons
vers ce que nous sommes et nous tournons
au coin de la rue à l’angle
du temps
on fait tourner les tu les je
de bouche en bouche d’air en dire de rire en rêve
au jour le jour
on continue
on se passe avec l’air la parole
Philippe Païni
