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mercredi 22 avril 2009

Meschonnic, homme libre (article d'Alain Freixe)


Article paru dans l'Humanité le 16 avril 2009

Hommage . Ce poète n’écrivait pas des poèmes, il était celui que les poèmes faisaient. Henri Meschonnic est mort le 8 avril dernier.
Lodève, les Voix de la Méditerranée. Été 2008. Je viens d’écouter Jean-Yves Masson s’entretenir avec Henri Meschonnic. Riche de quelques questions, je le croise sur le stand de l’Atelier du Grand-Tétras qui publie la revue Résonance générale qui lui a consacré son numéro 1. Philippe Païni, Daniel Leroux, Laurent Mourey et Serge Martin, à qui j’ai emprunté le titre de cet article, en sont les rédacteurs. Je le retrouve ensuite sur le stand de la revue Faire part aux côtés d’Alain Chanéac et Alain Coste, qui la dirigent et qui viennent de publier, après un Jacques Dupin, matière d’origine, le poème Meschonnic. À ma proposition d’un entretien à paraître dans nos colonnes courant 2009, il répond, sans hésitation et avec enthousiasme, favorablement. J’allais engager l’échange quand la ramasseuse de sarments est entrée hors saison dans ses vignes. Henri Meschonnic est mort le 8 avril. Lui qui fut toujours homme de chantier, toujours à l’avant de lui-même, aventurier de la voix dans le poème, le voilà comme habitué à lui-même, à ses oeuvres.
Si « ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience », selon les mots de René Char, alors Henri Meschonnic mérite les deux, par-delà toutes les polémiques et les inimitiés. Il est vrai que l’homme eut parfois la plume dure et le mot acéré pour nombre de ses pairs. Et ils sont nombreux car cet enseignant, professeur de linguistique et de littérature à Lille d’abord puis à Paris-VIII développa une oeuvre critique - critiquer fut toujours pour lui conduire une réflexion sur ce qu’on ne connaît pas - considérable toujours en rupture avec les discours institués ou les modes tant sur le plan des essais - comment ne pas citer son Pour la poétique IV, Écrire Hugo (1977) ou son Langage Heidegger (1990) - que sur celui des traductions - celles qu’il entreprit de la Bible, dès 1970 avec les Cinq Rouleaux sont demeurées célèbres. Sa grande originalité et ce qui donne cohérence à cet immense chantier fut de le développer à partir du poète qu’il entendait être depuis ses Dédicaces Proverbes (Gallimard, 1972) au tout récent De monde en monde, paru en janvier dernier aux éditions Arfuyen. Ce poète n’écrivait pas des poèmes, il était celui que les poèmes faisaient. Avec Henri Meschonnic, le poème passe devant, la poésie derrière. Entendons-nous, la poésie quand elle n’est que cet amour de la poésie qui « produit des fétiches sans voix » avec quoi malheureusement, selon lui, on confond la poésie. Avec Henri Meschonnic, le poème ne célèbre pas. Ne décrit pas. Ne nomme pas. Le poème est intervention - je ne peux m’empêcher d’entendre le « fini, maintenant j’interviendrai » d’Henri Michaux ! - ce qui suppose coupure et transformation. À Henri Meschonnic, on doit cette définition du poème : « Il y a poème seulement si une forme de vie transforme une forme de langage et si réciproquement une forme de langage transforme une forme de vie. » Alors le poème, cet acte de langage qui toujours recommence, ce rythme particulier qu’il est rend visible notre rapport au monde. Là est le grand apport d’Henri Meschonnic : avoir pris le parti du rythme - Critique du rythme (Verdier, 1 982), la Rime et la vie (Verdier, 1990, repris en 2006, collection Folio), Politique du rythme, politique du sujet (Verdier, 1995)… - le parti du sujet. Celui du continu tant le rythme, selon lui, contient à la fois l’objet et le sujet, le monde et l’artiste. « Subjectivation maximale du langage », le poème est rythme. Il est l’oralité même, la voix comme « mode de signifiance » du langage dans l’écrit comme dans le parlé. Le poème donne plus à entendre qu’à voir. Il donne à entendre ce que les mots ne peuvent pas dire, ce continu d’un sujet. Là se fait le partage : de sujet à sujet - « Je parle, écrit Henri Meschonnic dans De monde en monde, / pour partager le silence / qui pousse tous les mots (…) pour transformer le silence / c’est ainsi qu’on s’entreparle ». Cette théorie du rythme et du sujet rend indissociable poétique, éthique et politique. Le poème - l’oeuvre d’art en général - est acte éthique et politique. Comme tel il transforme le sujet qui le fait et le sujet qui le reçoit. Pour cela, Henri Meschonnic pensait que les poèmes étaient susceptibles d’être entendus par chacun et que mettant en jeu le langage - ce qu’on en sait comme ce qu’on en fait - il mettait en jeu la société elle-même. Henri Meschonnic ne s’est pas contenté de faire parti du monde - « on n’écrit ni pour plaire ni pour déplaire, écrivait-il, mais pour vivre et transformer la vie » - il sut y être présent. Et une présence, cela s’impose, s’expose. Et dérange. Comme un coup de vent. S’il déchire, il éclaire le paysage. À chacun d’aller vers ce qu’il ne connaît pas !
Alain Freixe

La photographie est de Régine Blaig à qui nous redisons, en publiant ci-dessus, cet hommage très fort d'Alain Freixe, toute notre affection.

vendredi 19 décembre 2008

Ben-Ami Koller: une oeuvre qui continue














“Il ne terminera jamais la toile qui l’attendait sur le grand chevalet de l’atelier” a très récemment annoncé Annick Dollo-Koller en parlant de son époux Ben-Ami Koller. L’artiste est décédé prématurément. La cérémonie d’adieu se tiendra le samedi 20 décembre 2008 à partir de 10 heures au Crématorium du Père Lachaise dans la salle du Dôme avec une fleur jaune.

Je connaissais Ben-Ami depuis de longues années et j'ai suivi son travail jusqu'à ce qui l'a occupé ces deux dernières années après un voyage à Auschwitz. Quelques dessins issus de ce dernier travail figurent dans le numéro 2 de Résonance générale. Il aurait fallu en dire beaucoup plus, réaliser beaucoup plus de projets communs, mais la force des dessins et des toiles et le désir de simplement inviter à aller voir, à rencontrer cette oeuvre, semblaient suffire dans un premier temps. Nous avions bien d'autres projets... Il m'avait déjà accompagné dans la confiance pour deux livres : A Jour et Ma retenue.
Il va de soi qu'une telle oeuvre exige qu'on y revienne: Ben-Ami n'a pas fini de nous travailler. Nous n'avons pas fini de le compter avec nous.
Qu'Annick, Lysiane et Raphaël sachent que nous sommes de tout coeur avec eux.

Serge Martin-Ritman

Le site de Ben-Ami Koller:
Quelques belles remarques et des témoignages:
http://www.magazinedesarts.com/wordpress/?p=31
Une rencontre avec des élèves:
http://galerie.bleue.free.fr/benamik.htm